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Moins de croissance mais pas de chômage: pourquoi la France veut copier le modèle allemand

Sur TF1, Gabriel Attal a annoncé vouloir réduire la durée maximale d'indemnisation chômage à 12 mois contre 18 mois aujourd'hui. Il calquerait ainsi l'assurance chômage sur le modèle allemand bien moins protecteur que le français.

Une nouvelle réforme de l'assurance chômage aura lieu en 2024. Gabriel Attal l'a confirmée ce mercredi sur TF1. Après celle de 2019 qui a durci l'accès à l'indemnisation ou encore celle de 2023 qui a raccourci la durée durant laquelle les chômeurs ont droit à l'aide au retour à l'emploi (ARE), le gouvernement s'apprête à activer à nouveau un de ces deux leviers, voire les deux.

"Une des pistes, c'est de réduire cette durée d'indemnisation, je ne pense pas que ça doit aller sous les 12 mois", a indiqué le Premier ministre.

Alors qu'il faut aujourd'hui avoir travaillé six mois au cours des deux dernières années pour pouvoir être indemnisé, Gabriel Attal estime qu'"on peut imaginer de dire qu’il faut travailler davantage ou dire que les six mois s’apprécient sur une durée moins longue."

Des pistes qui ressemblent à un copier-coller du modèle allemand d'indemnisation des chômeurs.

Car l'exécutif fait ce constat: notre voisin est au plein emploi depuis des années (taux de chômage de 3,1% en janvier selon Eurostat) quand la France, elle, échoue toujours à faire sauter ce "plancher de verre" des 7%. Le taux de chômage est même remonté à 7,5% fin 2023.

L'argument de la croissance qui ne serait pas assez soutenue pour créer de l'emploi en France ne tient plus. Entre 2018 et 2023, le taux de croissance de l'économie française a été supérieur à celui de l'Allemagne cinq fois sur les six années concernées. L'an passé, le PIB allemand s'est même contracté de 0,3% (contre +0,9% pour la France) mais le chômage n'y a quasiment pas bougé, quand chez nous il grimpait de 0,4 point. Idem au niveau européen. Avec une croissance de seulement 0,5% en 2023, l'UE a enregistré une baisse de 0,2 point de son taux de chômage.

Travailler plus longtemps

Du côté du gouvernement, on considère que c'est la générosité du système qui est une des causes de ce "mal français" et qui n'inciterait pas à reprendre un travail. Et on lorgne donc du côté de l'Allemagne où les chômeurs sont indemnisés moins longtemps.

En Allemagne en effet, la règle pour les actifs de moins de 50 ans, c'est 12 mois d'indemnisation maximum quand chez nous cette durée a été ramenée à 18 mois il y a à peine plus d'un an (mais elle peut revenir à 24 mois dans les périodes dites "rouges"). Un écart qui peut donc aller du simple au double. C'est sur ces 12 mois que Gabriel Attal souhaite placer le curseur.

Des deux côtés du Rhin, cette période s'allonge avec l'âge des bénéficiaires mais elle reste toujours plus longue en France. Les plus de 55 ans peuvent être indemnisés jusqu'à 27 mois dans l'Hexagone quand chez nos voisins c'est 18 mois pour les 55-58 ans et 24 mois au-delà de 58 ans.

Autre différence: la durée de cotisation. Pour toucher les aides, les Allemands doivent avoir travaillé plus longtemps. Pour rappel, en France, un bénéficiaire doit justifier de six mois de travail au cours des 24 derniers mois pour toucher l'ARE. Pour les plus de 53 ans c'est même six mois sur les 36 derniers.

En Allemagne, le régime d'assurance chômage exige qu'un travailleur ait été en emploi au minimum 12 mois sur les 30 derniers. Il faut donc en résumé avoir travaillé deux fois plus longtemps pour bénéficier d'aides qui dureront 1,5 fois moins longtemps. Le Premier ministre a dit vouloir aussi jouer sur cette durée mais n'a pas donné de détail.

Une durée d'indemnisation inférieure

Le système français est enfin plus protecteur sur la "conversion" des jours travaillés en jours indemnisés. En France, la durée d’indemnisation est égale à la durée d’affiliation, la règle étant qu'"un mois travaillé donne droit à un mois d'indemnité" à partir de six mois. Par exemple, si vous avez travaillé huit mois, vous serez indemnisé huit mois, un an de travail vous donne accès à un an d'allocation. Une règle à laquelle l'exécutif pourrait aussi s'attaquer.

En Allemagne et comme dans de nombreux pays d'Europe, ce n'est pas la règle. Il faut, outre-Rhin, diviser par deux la durée de travail pour obtenir celle d'indemnisation. 12 mois de période travaillée équivalent à 6 mois d’indemnisation, 16 mois à 8 mois, 20 mois à 10 mois etc.

Un dernier point en revanche sur lequel Gabriel Attal ne souhaite pas revenir c'est le montant des allocations. Le système français est là encore plus protecteur avec une indemnité minimale de 31,59 euros par jour (947 euros par mois) quand en Allemagne il n'y a pas de plancher.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco