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Les fortes chaleurs ont causé la mort de plus de 60.000 personnes en Europe l'été dernier

Un thermomètre (photo d'illustration).

Un thermomètre (photo d'illustration). - Damien MEYER / AFP

Ce chiffre révélé lundi par une étude publiée dans la revue "Nature Medecine" se base notamment sur des estimations de scientifiques de l'institut français de recherche sur la santé (Inserm).

Plus de 60.000 décès seraient attribuables à la chaleur en Europe durant l'été 2022, selon une vaste étude publiée lundi dans Nature Medicine, qui appelle à redoubler d'efforts pour faire face aux canicules à venir.

"C'est un nombre de décès très élevé. On connaissait les effets de la chaleur sur la mortalité avec le précédent de 2003 mais avec cette analyse, on voit qu'il reste beaucoup de travail à faire pour protéger les populations", a commenté pour l'AFP Hicham Achebak, chercheur à l'Inserm et co-auteur de l'étude.

Ces estimations, élaborées par les scientifiques de l'Institut français de recherche sur la santé (Inserm) et de l'Institut de Barcelone pour la Santé Globale (ISGlobal), suggèrent qu'en l'absence de réponse efficace, le continent fera face à une moyenne de plus de 68.000 décès excédentaires chaque été à l'horizon 2030 et de plus de 94.000 à l'horizon 2040.

"Ces prédictions sont basées sur le niveau de vulnérabilité actuelle et les températures du futur", rappelle Hicham Achebak. "Si on prend des mesures très efficaces, la vulnérabilité peut se réduire", a-t-il ajouté.

L'été 2022 a été le plus chaud jamais enregistré en Europe. Une série de vagues de chaleur a occasioné des records de température, une sécheresse et d'incendies de forêt.

La majorité des décès chez les 80 ans et plus

L'étude publiée dans Nature Medicine précise que la grande majorité des décès se concentre chez les 80 ans et plus.

"Cette étude prouve que les stratégies de prévention face à la chaleur doivent être réévaluées, en tenant particulièrement compte du sexe et de l'âge", a réagi Chloe Brimicombe, chercheuse sur le climat à l'Université de Graz, dans une note du Science Media Center britannique.

Autre enseignement: la mortalité attribuable à la chaleur a été 63% plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Cette plus grande vulnérabilité s'observe surtout chez les plus de 80 ans, avec un taux de mortalité supérieur de 27% à celui des hommes.

Difficile à comparer avec 2003

Si ce chiffre ne dépasse pas les 70.000 morts de l'été 2003, au cours duquel le Vieux Continent avait connu l'une des plus grandes canicules de son histoire, il est toutefois difficile de faire une comparaison, les méthodologies variant entre ces estimations.

Les scientifiques ont analysé les données de température et de mortalité pour la période 2015-2022 dans 823 régions de 35 pays européens, soit une population totale de plus de 543 millions de personnes.

Ils ont ensuite pu bâtir des modèles épidémiologiques permettant de prédire la mortalité attribuable aux températures pour chaque région et chaque semaine de la période estivale de l'an dernier.

Au total, l'analyse révèle qu'entre le 30 mai et le 4 septembre 2022, il y aurait eu 61.672 décès attribuables à la chaleur en Europe. Durant cette période, il y a eu une vague de chaleur plus particulièrement intense, entre le 18 et le 24 juillet, lors de laquelle un total de 11.637 décès sont imputés à la température.

La France a connu la plus forte augmentation de chaleur

Pour l'été 2022, si l'on détaille par pays, la France a enregistré la plus forte augmentation de température par rapport aux moyennes de saison, avec +2,43ºC au-dessus des valeurs moyennes de la période 1991-2020, suivie de la Suisse (+2,30ºC), l'Italie (+2,28 ºC), la Hongrie (+2,13 ºC) et l'Espagne (+2,11 ºC).

Mais en valeur absolue, le pays avec le plus grand nombre de morts a été l'Italie, avec 18.010 décès, suivi de l'Espagne (11.324) et de l'Allemagne (8173). La France arrive en 4e position, avec 4.807 décès.

L'agence Santé publique France avait chiffré à 3000 le nombre de décès excédentaires enregistrés l'été dernier dans le pays, pour les seuls trois pics de chaleur l'été dernier.

G.J. avec AFP