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Sida: un médicament préventif, le Truvada, donne de solides espoirs

Le VIH vu en microscopie électronique à transmission.

Le VIH vu en microscopie électronique à transmission. - Wikimedia Commons

L'antirétroviral Truvada, testé actuellement par une équipe française, présente une efficacité "de l'ordre de 80% de prévention du risque" de contamination par le Sida, s'il est pris au moment des rapports sexuels.

Les résultats sont plus qu'encourageants. Un antirétroviral, le Truvada, testé comme traitement préventif chez des homosexuels exposés au risque d'infection par le VIH/sida, dans le cadre de l'essai français Ipergay, a fait la preuve de son efficacité lorsqu'il est pris au moment des rapports sexuels.

L'étude Ipergay a démontré "une efficacité très élevée" de la prévention médicamenteuse dite "à la demande", "de l'ordre de 80% de réduction du risque", a indiqué son coordinateur, le Pr Jean-Michel Molina de l'Hôpital Saint-Louis à Paris.

Résultats complets début 2015

Du coup, l'antirétroviral va être mis à disposition de tous les participants de l'essai lancé en février 2012 par l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS), soit un peu plus de 400 personnes, annoncé l'agence mercredi. Les résultats complets de l'essai devraient être disponibles début 2015.

Ce médicament du laboratoire américain Gilead, combinaison de deux produits (Ténofovir + FTC), a été autorisé en juillet 2012 aux États-Unis comme premier traitement préventif. Mais ce n'est pas encore le cas en Europe.

Ipergay étant un essai comparatif, les volontaires ont été répartis en deux groupes par tirage au sort, l'un recevant effectivement le médicament, l'autre recevant à la place un placebo, sans principe actif. Ni les participants, ni les médecins ne connaissaient le traitement reçu (essai dit "en double aveugle").

Mais une autre équipe est venue semer le trouble. Les responsables de l'étude PROUD, menée au Royaume-Uni cette fois, viennent de décider de donner Truvada à tous les participants à leur essai. Des résultats intermédiaires ont en effet montré que la prévention médicamenteuse -les spécialistes parlent de prophylaxie pré-exposition, ou PrEP- se révélait "hautement protectrice contre le VIH".

Au vu de cette décision, l'équipe française a décidé de "lever l'aveugle" de l'essai Ipergay avant son terme, c'est-à-dire de prendre connaissance des données sur le nombre de cas d'infection par le VIH dans les deux groupes (celui recevant Truvada et celui recevant le placebo). La différence entre les deux groupes est telle que l'ANRS a décidé de permettre à tous les participants de bénéficier du traitement par Truvada.

"L'accès au Truvada doit être garanti pour tous"

L'essai va se poursuivre "pendant au moins un an", a précisé l'ANRS, afin désormais de vérifier le maintien du bénéfice du traitement préventif "à la demande" sur le long terme ainsi que sa tolérance. "C'est une avancée majeure dans la lutte contre le VIH. Les résultats d'Ipergay devraient faire évoluer les recommandations nationales et internationales en matière de prévention contre le VIH", a déclaré le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'ANRS.

L'association de lutte contre le sida Aides, associée à l'essai Ipergay, a salué la décision de l'ANRS. Elle a aussi demandé à la ministre de la Santé Marisol Touraine d'accélérer le processus d'examen de sa demande d'autorisation temporaire du Truvada comme traitement préventif chez les personnes à risques. "L'accès au Truvada doit être garanti pour toutes celles et tous ceux qui en ont urgemment besoin", a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Le préservatif "reste la pierre angulaire de la prévention"

L'essai Ipergay se distingue d'autres essais de prévention médicamenteuse par une prise de l'antirétroviral dite "à la demande", c'est-à-dire uniquement avant et après les rapports sexuels, et non pas en continu. Il s'inscrit par ailleurs "dans un cadre global et combiné de prévention": conseils personnalisés de prévention, dépistages répétés, distribution de préservatifs...

L'efficacité observée du médicament ne doit pas "faire oublier que le préservatif reste la pierre angulaire de la prévention", a d'ailleurs souligné le Pr Molina. Chaque année en France, plus de 6.000 personnes découvrent leur séropositivité. Les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes représentent 42% des nouveaux cas. Truvada a un coût élevé: environ 10.000 euros par an en cas de prise quotidienne, ce qui rend hypothétique son utilisation dans les pays en développement.

C. P. avec AFP