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Retraites: accusations mutuelles de "déni de démocratie" et de blocages à l'Assemblée

Image d'illustration assemblée nationale

Image d'illustration assemblée nationale - Lionel BONAVENTURE / AFP

Jeudi, pendant l'étude des articles trois à cinq de la réforme des retraites, chaque camp s'est renvoyé la responsabilité du "blocage", alors que plus de 30.000 amendements restent à examiner.

Le débat sur les retraites s'est poursuivi jeudi sur le même ton à l'Assemblée nationale avec des accusations mutuelles "d'obstruction" et de "déni de démocratie". En ce onzième jour, les députés ont voté les articles trois à cinq, sur l'application du "système universel de retraites" aux salariés, travailleurs indépendants et encore exploitants agricoles. Ils ont entamé dans la soirée l'article 6 (sur 65) portant sur les fonctionnaires, magistrats et militaires, avec des débats enflammés sur la situation des enseignants en particulier.

"Nous sommes taxés d'obstruction, ça s'appelle la démocratie"

Chaque camp s'est renvoyé la responsabilité du "blocage", alors qu'il restait quelque 31.000 amendements au compteur.

"Nous sommes taxés d'obstruction, ça s'appelle la démocratie, que ça dure le plus longtemps possible", a réclamé le socialiste Hervé Saulignac, alors que le président de séance Marc Le Fur (LR) avait mentionné plus tôt un "rythme de plus de 100 amendements à l'heure", que plusieurs membres de l'opposition ont souligné.

"Notre rôle n'est pas de battre un record en se disant 'super on fait du 150 amendements à l'heure'", a répondu le député LREM Jean-René Cazeneuve, avant de dénoncer les "30.000 amendements dilatoires qui ne servent à rien" des Insoumis et des communistes.

"C'est vous qui créez le blocage", a réagi Danièle Obono (LFI), pendant que sa collègue Clémentine Autain fustigeait un "déni de démocratie" et un gouvernement qui ne répond pas aux questions "précises". "Il faut arrêter de reposer dix, quinze, vingt fois la même question à laquelle on a répondu dix, quinze, vingt fois", a lancé le secrétaire d'État Laurent Pietraszewski à la tribune.

"L'arme nucléaire" du 49-3

Le communiste Fabien Roussel a, de nouveau, réclamé un référendum et mis en garde contre "l'arme nucléaire" du 49-3, outil de la Constitution que le gouvernement pourrait utiliser pour abréger les débats et faire adopter le texte sans vote.

Sur France Inter, le patron des députés LREM Gilles Le Gendre a reproché à la gauche de la gauche de pratiquer "l'insurrection démocratique en chambre à l'Assemblée". "Chaque amendement ressemble à un meeting politique", a complété sa collègue Nadia Hai dans l'hémicycle.

Une "contestation de la présidence" de l'Assemblée

Un bref incident a opposé Monique Iborra (LREM) au président de séance Marc Le Fur (LR): ce dernier s'est plaint d'un tweet de la "marcheuse" "contestant sa présidence", et a réclamé des excuses. La députée a tweeté une déclaration de Marc Le Fur, accompagnée du hashtag #niveau0delapolitique, lui reprochant d'avoir évoqué la vitesse à laquelle les amendements étaient votés, et non leur contenu.

Après une suspension de dix minutes, la présidente de la commission spéciale retraites Brigitte Bourguignon (LREM) a formulé des excuses et appelé à "ne pas remettre en cause la présidence". "Les réseaux sociaux n'ont rien à faire dans cet hémicycle", a-t-elle souligné.

En fin de soirée, a été soumise la demande d'une commission spéciale des communistes pour examiner leur propre texte "pour une retraite universellement juste". "Voici venir la possibilité d'une sortie par le haut", a lancé son auteur Pierre Dharréville. Mais Gilles Le Gendre a dénoncé de "l'obstruction masquée" via cette demande, qui a été largement rejetée. 

S. V. avec AFP