BFM Paris Île-de-France
Paris Île-de-France

"Une catastrophe environnementale": la mairie de Paris s'oppose à un projet de forage pétrolier en Seine-et-Marne

Le site de Bridgeoil, à Nonville

Le site de Bridgeoil, à Nonville - BFM Paris

Eau de Paris souhaite suspendre l'arrêté préfectoral autorisant l'ouverture de travaux sur la concession d'hydrocarbures de Nonville. En cause, "la sécurité de l'alimentation en eau potable de la ville de Paris" avec l'extension du site de forage.

La mairie de Paris a dénoncé lundi 6 mai un projet de nouveau forage pétrolier, autorisé par l'Etat, en Seine-et-Marne, qui "menacerait" selon elle les captages de sa régie en charge de l'eau.

Ce projet "est une catastrophe environnementale en puissance, à l'heure où les ressources en eau sont de plus en plus menacées", affirme la mairie dirigée par Anne Hidalgo lundi dans un communiqué.

Le gouvernement "joue avec le feu"

Son opérateur, Eau de Paris, a saisi en référé le tribunal administratif de Melun pour faire suspendre l'arrêté préfectoral du 30 janvier autorisant l'ouverture de travaux sur la concession d'hydrocarbures de Nonville, à 80 km au sud-est de la capitale, d'après la requête transmise à l'AFP. Selon la mairie, comme l'entreprise productrice de pétrole Bridge Energies, la décision devrait être connue dans les jours qui viennent.

Dans sa requête, Eau de Paris estime que l'extension du site de forage existant compromet "la sécurité de l'alimentation en eau potable de la ville de Paris", mais aussi "la biodiversité" et "la lutte contre le changement climatique".

Pour Dan Lert, adjoint à la transition écologique et président d'Eau de Paris joint par l'AFP, le gouvernement "joue avec le feu" car 180.000 Parisiens et Seine-et-Marnais reçoivent leur eau potable des deux captages situés à proximité du site pétrolier, à Villeron et Villemer.

"Je suis très en colère d'avoir appris que le gouvernement a autorisé en toute discrétion deux nouveaux forages pétroliers à proximité de sources qui sont essentielles pour l'alimentation en eau potable de la ville de Paris et de communes de Seine-et-Marne. (...) C'est une catastrophe écologique en puissance d'autorisé des forages pétroliers dans une zone très vulnérable aux pollutions", a-t-il ajouté au micro de BFM Paris Île-de-France.

Concession d'exploitation jusqu'en 2034

L'entreprise Bridge Energies est titulaire d'une concession d'exploitation du gisement courant jusqu'en 2034 et exploite déjà trois puits, ouverts entre 2012 et 2014. Elle a obtenu de l'Etat d'en ouvrir deux autres, d'une profondeur de 1.500 m, à l'issue d'une enquête publique.

Dans son avis, l'Autorité environnementale formule un nombre important de recommandations, dont celle "d'analyser et de prévenir les risques d'un accident ou d'un acte de malveillance conduisant à des écoulements d'hydrocarbures pouvant atteindre le Lunain", rivière classée Natura 2000.

Bridge Energies "ne souhaite pas faire de commentaire tant que le tribunal administratif n'a pas rendu sa première ordonnance" sur le recours déposé en urgence, a indiqué à l'AFP son président Philippe Pont.

La société se présente comme le plus petit des 5 producteurs français de pétrole, avec pour unique concession Nonville, où un seul des trois forages produit encore du pétrole, pour l'équivalent de 75 barils par jour. Découvert dans les années 1950, ce gisement a produit environ 5 millions de barils entre 1959 et 1994, selon Philippe Pont.

"Aucun commentaire" du ministère de l'Économie

En France, la production de pétrole représente 1% de la consommation nationale, réalisée aux deux tiers dans le bassin parisien et le reste dans le bassin aquitain, en Gironde.

Contacté, le ministère de l'Économie ne fait "aucun commentaire". En février, le ministère délégué à l'Industrie et à l'Energie, Roland Lescure, s'était dit favorable au projet de huit nouveaux forages pétroliers en Gironde alors qu'une loi de 2017 prévoit que l'exploitation d'hydrocarbures va être progressivement interdite en France d'ici 2040.

Greenpeace France a condamné dans un communiqué "l'autorisation de nouveaux projets fossiles sur le territoire français par le gouvernement, en contradiction totale avec les constats scientifiques et ses propres engagements".

M.L. avec AFP